Critiques

Gilles Costaz – critique théâtre pour Femmes kleenex, mise en scène de Guillaume Vatan à l’Espace Alya, Festival Avignon 2019
La ronde des maris massacreurs
Nicole Sigal, une auteure dont le style caustique compte beaucoup dans le concert littéraire d’aujourd’hui, a vu certaines victimes de près. Elle a passé plusieurs mois dans un foyer d’accueil où sont abritées ces femmes détruites. La pièce, structurée en ronde, n’aligne pas les histoires l’une après l’autre mais entremêle les épisodes, permettant de retrouver, comparer et superposer des événements différents et semblables. Presque à chaque fois, l’homme est tel un loup-garou ou un docteur Jekyll, double, doux à certaines heures, meurtrier à d’autres.
Guillaume Vatan fait fonctionner le spectacle comme une spirale infernale. Les éléments de décor s’en vont, reviennent, comme les personnages. A chaque fois on passe du chaud au froid, du calme à la tempête, de l’eau qui dort à l’explosion. Dans ce mouvement frénétique de toupie, les acteurs savent en même temps suivre ce rythme et être d’une vérité saisissante. Camille Favre-Bulle, Magali Bras, Mathias Marty et Rodolphe Couthouis passent admirablement d’un visage à un autre, d’un état d’âme à un autre. A cette vitesse, la précision du jeu est impressionnante. Vatan prend même le risque d’aller jusqu’à la forme du vaudeville, pour susciter et casser le rire. L’écriture jongleuse et clinique de Nicole Sigal trouve là une mise en théâtre d’une grande force, implacable, vivifiée par un art de la satire qui, même dans le gag, ne s’autorise aucune facilité.
225 000 (Femmes kleenex) de Nicole Sigal, mise en scène de Guillaume Vatan, avec Camille Favre-Bulle, Magali Bras, Mathias Marty, Rodolphe Couthouis.
Festival d’Avignon off 2019, Espace Alya

Françoise Xenakis a écrit à propos de son premier roman : Sans chien, « Dans le genre féminin j’y-vais-plus-fort-que-toi-ou-je-crève (…) Nicole Sigal est, je crois, la seule qui a écrit pour ne pas crever (…) de cette canalisation violemment débouchée sort d’étranges images, certaines sont terribles et belles. Il n’y a pas un mot qui lui fasse peur. »

Véronique Olmi pour la préface de sa pièce Man-man, « Nicole Sigal écrit comme on allume un feu : ça brûle, ça virevolte, c’est joyeux et dangereux. Elle s’intéresse au monde intérieur des êtres et non à leur réalité objective. Les démons et les fantasmes surgissent avec violence, excessifs, terrifiants, sanguinaires, obscènes, poétiques aussi, poétiques surtout. Une poésie revendiquée comme arme absolue, révolte vitale et salvatrice. Et puis, il y a l’humour ! Un humour corrosif, sans concession, aigu, et nous naviguons dans un monde burlesque et onirique qui nous offusque et nous réjouit tout à la fois (…) ses textes sont d’une liberté rare qui affronte les dérives et les tabous humains avec brio… ».

Jean-Michel Ribes pour la préface de Sur le chemin de l’amur : « Nicole sigal a compris que les grandes histoires n’en ont pas, que le sens s’arrête dès qu’on le voit apparaître (…) J’en ai gardé un souvenir fort, comme le goût d’un fruit acide et savoureux dont l’origine m’était inconnue. Je viens de relire la pièce, le fruit est toujours vert, vivace et cache toujours avec délice sa provenance… »

Claude Ber pour la préface de Enfer à domicile : C’est dans les décalages d’une écriture à mi-chemin entre l’adhésion émotionnelle et la distance, dans la quête d’inventivité d’une parole dépareillée, cousue d’étoffes disparates, que se trouve la singularité d’une sensibilité, d’un point de vue, d’une manière. Et il y a une manière propre à Nicole Sigal de dire son monde. Une manière lucide et exacerbée d’écorchée vive qui, dans la tendresse comme dans la fureur, se confronte au langage. C’est dans ce lieu fictif construit par l’écriture que se cautérisent les douleurs, que se réconcilient la chair et l’esprit écartelés, que se déposent ensemble raisons et déraisons, pulsion vitale et pente morbide, douceur et cruauté de la vie, que se dissocient et se fondent réalité et fiction.

Gilles Costaz pour la préface de Joyeuse année toute l’année : C’est féroce, et tellement plein d’amour : un mélange de cruauté et de bonté très rare (…) Tout le théâtre de Nicole Sigal est un feu de joie.

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Presses électroniques de France

 

 

critiques – Sans lui / critiques – La famille Aimé / critiques – Remue-ménage
critiques – Man-man / critiques – Sans chien

 

 

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